Port au Prince est comme une salamandre, elle semble toujours renaître de ses cendres, catastrophe après catastrophe.
La vie a vite repris le contrôle des rues. Certes les tarifs ont triplé, mais les échoppes de trottoirs, ont réapparu. D'abord timides, elles envahissent à nouveau les rues, moins de dix jours après la catastrophe. Fruits, légumes, beignets, cigarettes, essence, supermarchés ou transports en commun, la vie semble reprendre son court au cœur des décombres. L'aide internationale y est pour beaucoup, mais la force de vivre haïtienne aussi.
Mais l'image est trompeuse. Dans de nombreux quartiers, l'aide internationale peine à arriver. Les besoins sont d'une telle ampleur, que même un des plus grands déploiement d'aide internationale de l'histoire ne parvient pas à les combler. Beaucoup vivent dans la rue, alors que les bâtiments survivants sont encore agités par les répliques du séisme. Dans un camp de réfugiés nouvellement ouvert, au Golf Club de Pétionville, un soldat américain témoigne : "Nous manquons encore de tout ce dont les haïtiens ont besoin, nourriture, eau, médicaments."
Pourtant, "A l'aéroport, les avions se posent toutes les cinq minutes." témoigne un pompier français fraichement arrivé. Pour le Brigadier Général Laroche, Chef des forces armées canadiennes déployées en Haïti, "L'aide est bien arrivée, mais nous peinons à mettre au point une bonne logistique de distribution."
Alors, certains ont décidé de prendre les choses en main. Jeff Bultje, dont la cousine Tania a créé l’organisation non gouvernementale Coram Bem, il y a plus de 15 ans, prend quotidiennement la direction de l’aéroport pour se servir lui même dans les stocks de l’aide alimentaire. Il en revient avec un pick-up chargés de riz aux lentilles. Aujourd’hui, la distribution est programmée dans le camp de réfugiés de Delmas 33. Une longue file de plusieurs centaines de personnes ne tarde pas à se former derrière le véhicule. Il faut organiser la distribution, avec l’aide passagère de la police haïtienne. Très vite, quelques hommes forts se massent autour du camion pour réclamer leur du, allant jusqu’à arracher les sacs des mains des enfants et des vieillards.
Pour autant, le sourire est encore sur les lèvres, inattaquable... On remercie toujours Dieu, d’avoir sauvé son frère, son enfant, ou sa maison. Dans les rues, règne une constante agitation. La violence, présente dans tous les esprits, est très loin d’avoir envahi la ville. Seul quelques quartiers sont classés dans la zone rouge, comme Cité Soleil, là où les sauveteurs ne s’aventurent pas. Le reste du temps la vie est calme, mais ponctuée par endroit d’extrêmes pics de violence collectives. La population a pris les pilleurs pour bouc-émissaires de toutes ses souffrances. Aux alentours du centre ville, un groupe surexcité passe à tabac un voleur. Un homme lève une pierre et lui écrase le visage. A certains moments le tremblement de terre semble avoir brisé aussi les âmes...

